Alcide Curie-Seimbres

Alcide Curie-Seimbres est né le 18 septembre 1815 à Trie-sur-Baïse. En 1837, il fait ses débuts d’avocat à la Cour d’Appel de Pau.

Son père, Louis Curie-Seimbres, fut Juge de Paix, élu du canton, puis Maire de Trie pendant 32 ans. Il fit construire, sur la Baïse, le magnifique pont de pierre à une seule arche, en voûte.

A partir du 22 juillet 1850, jour de son mariage avec Louise Bonnecarrère, Alcide Curie-Seimbres décide de s’adonner exclusivement aux occupations favorites de son « esprit ». La nature de ses occupations, ses correspondances avec le monde savant, ses articles dans les journaux et les revues laissaient présager ses publications prochaines. Il obtint la réintégration, dans les archives départementales des Hautes-Pyrénées, de très nombreux documents qui en avaient été détournés au profit de la Bibliothèque du Séminaire d’Auch. C’est à partir de 1862, qu’Alcide Curie-Seimbres fit paraître ses ouvrages.

A partir du 4 septembre 1870, il devint Maire de Trie-sur-Baïse. Il rendit possible l’établissement de fontaines publiques et fit reconstruire le chœur de l’église paroissiale qui n’avait jamais été terminé.

En 1875, il a le malheur de perdre sa femme, ce qui va l’assombrir tout le restant de sa vie. Une maladie implacable s’étant déclarée (affection cardiaque) Alcide Curie-Seimbres décède le 14 Août 1885.

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Les Padouens, les Hôpitaux

« Les Padouens »

Les padouens étaient des terrains vagues servant à la dépaissance des animaux.
Ce mot est issu du latin « padere » et a donné les termes: paoden, pascua, …
Ces terrains étaient à la disposition des consuls et de la communauté. Ils se situaient en dehors de la ville, mais cependant dans le paréage.

Deux de ces padouens ont pu être localisés de façon quasi certaine sur les quatre existant. L’un au nord-est de la ville, au carrefour de l’actuelle route de Castelnau et de Duffort, est actuellement aménagé en jardin public; l’autre à l’opposé, au sud-ouest de la ville à droite de l’ancienne route de Bagnères en direction de Lapeyre.

 Ces terrains avaient une contenance de 3 « arpents de gascogne » chacun, soit en tout 45 « journaux » pour les quatre padouens.
Les Hôpitaux
La ville de Trie-sur-Baïse posséda deux hôpitaux (article 63 des Coutumes et Privilèges) : l’hôpital Saint-Jacques et l’hôpital Saint-Antoine.

L’hôpital Saint-Jacques, destiné aux pauvres, était situé au sud de la ville de Trie, en bordure de la route dite « de Bagnères » adossé au mur d’enceinte près du « portau » sud.

Quant à l’hôpital Saint-Antoine, destiné aux pèlerins de passage, était situé rue des Pénitents près du « portau deth devath » (Nord) à l’intérieur des murs.

A côté se situait la chapelle des pénitents blancs, Notre-Dame de la Pitié, à l’angle de la rue des Pénitents et de la rue du Padouen, angle sud (ces pénitents blancs étaient pour la plupart des artisans).

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La Mairie, sa place et la halle

La place

La place (y compris la mairie et l’église) a 100 mètres de long et 75 mètres de large. C’est sur cette même place que fut planté le pieu (« pau » en gascon) en signe de la nouvelle bastide.
La nouvelle bastide n’avait d’existence officielle qu’à compter de ce jour. L’emplacement où ce pieu aurait pu être planté serait là-même où se trouve la mairie actuelle.
Dans le plan originel de la ville, la place qui servait de lieu de marché (ou place « marcadale ») n’avait pas d’église.
L’église actuelle ne fut construite qu’au XVème siècle.
Dans les bastides avoisinantes, les églises se trouvaient souvent sur une autre partie de l’enceinte, quand ce n’était pas en dehors de l’enceinte comme à Tournay.
L’organisation de la nouvelle bastide impliquait que toutes les maisons donnant sur la place auraient même dimension ou multiple : 63 razes de long et 21 razes de large à Trie-sur-Baïse (article 33 des Coutumes et Privilèges), la raze valant 444 millimètres.
Quant aux consuls (les conseillers municipaux), ils seraient nommés ou institués le lendemain de la Toussaint.
Les foires (Saint-Quitterie et Sainte-Foy) et les marchés (le mardi) seraient tenus sur la place.
La dite bastide devrait « tenir » 4 padouens de 3 arpents de Gascogne chacun (l’arpent valait 4 journaux de 28 ares).
Il existait à Trie un « Tribunal royal civil ». Trie était le siège d’une Justice Royale.
Le délégué de la ville auprès du Sénéchal portait le nom de « baîle ».
La cour de justice siégeait à la mairie.
Il y avait deux sortes d’assemblées communales : celle des consuls se tenait à la maison commune et l’assemblée générale de la communauté avec des habitants se tenait sur la place publique.

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LA HALLE ET LA MAIRIE

L’ossature des plus anciennes halles était en bois, mais assez peu ont résisté au temps. C’est le cas de Trie-sur-Baïse. Dans plusieurs bastides un étage a été aménagé et réservé à la maison communale : lieu de rencontre du baîle et des consuls.

Dans beaucoup de bastides la place était ceinturée sur tout ou partie de ses côtés par des galeries ou » enbans » / « ambans » et c’est le cas pour Trie.
Mais ces galeries étaient-elles prévues à l’origine ou sont-elles postérieures? …

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Les enceintes de la Bastide

 

Les portes

Dans la bastide originelle, les portes étaient au nombre de quatre :

« Eth portau deth devath » au bout de la rue du Padouen, tout près duquel venait autrefois passer la Baïse.
Cette porte fut démolie à la seconde moitié du XVIIIème siècle.
Au milieu du carrefour se trouvait alors le « casteth » qu’on appelait aussi « grosse tour ».
Une autre porte, ou porte ouest, s’appelait alors « Era porta dera preson » parce qu’à cet emplacement était « bastie une chambre basse de la prison » (carrefour de la rue des Remparts et de la route de Miélan). Elle fut démolie en 1847.
« Era porta de dessus », démolie vers 1860, se tenait rue du Pic du Midi tout près de l’hôpital Saint-Jacques.
Quant à la 4ème porte, celle des Carmes, c’est une tour carrée (la seule qui subsiste).

Le premier consul détenait toutes les clés; il était chargé de l’ouverture et de la fermeture de ces portes.

Les tours

Si vers 1450 on en distinguait une dizaine au total (y compris les portes), il n’en subsiste plus aujourd’hui que six, plus ou moins visibles, sur les anciens murs de la ville :
– la tour ronde (restaurée très récemment) à l’angle nord-est de la ville. On ne connaît pas d’autres tours aux autres angles de la ville.
– la tour des Carmes
– la tour Dulac entre la tour ronde et la tour des Carmes
– la tour Latour entre la tour des Carmes et l’angle sud-est, sur la rue des Ecoles
– sur la façade nord, la tour Darneuilh au carrefour de la route de Mirande (non loin de l’entrée du stade)
– et enfin, la tour Desangles entre l’angle nord-ouest et la route de Miélan dans le prolongement nord de la rue des Remparts.
Toutes ces tours s’élevaient en moyenne à 10 mètres de haut.

La Citadelle

La citadelle était située au sud-ouest de la ville, adossée au rempart, dépassant de plus de 3 mètres les murailles de la ville pourtant déjà hautes de 8 à 9 mètres.
Là, logeaient les soldats de la garnison.
Elle fut construite au XVème siècle, avec de belles portes basses et des fenêtres à ogives.
C’est aujourd’hui une propriété privée.
Les Murailles

Les murailles étaient longues de 214 mètres et de 138 mètres.
Elles étaient construites de cailloux roulés de la Baïse, de mortier de chaux et de lits de tuileaux (ils permettaient de rattraper les niveaux et de lier les lits de cailloux difficiles à lier entre eux).
Les murailles mesuraient 8 mètres de hauteur; leur épaisseur atteignait 0,80 mètres à la base et 0,60 mètres au sommet.
Elles étaient surmontées de créneaux. Des archères sont encore visibles par endroits.

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Les cagôts

Au Moyen-Age on désignait ainsi certains hommes que l’on appelait aussi « capots », « lépreux », « gahets », ou parfois « juifs », « chrestiaas », « crétins », « bohémiens », …
De quelle race étaient-ils donc? Incertaine… descendants des goths? Des sarrasins ?
Leur condition était telle que l’on faisait d’eux des parias de la société.
Vrais ou faux lépreux, ces « chrestiaas » faisaient l’objet de mesures d’exclusion dans les bastides.
Ils ne côtoyaient point les autres habitants; ils étaient tenus à l’écart.
Concernant la bastide de Trie, les cagots vivaient dans des « tutas »: maisons troglodytes dans les bois de Lapenne.
Ils ne pouvaient se marier qu’entre eux et portaient sur l’habit, en signe de reconnaissance, un carré de tissu rouge ou une patte d’oie sur l’épaule droite. Quel ostracisme déjà!
Dans les lieux de culte, l’entrée dans l’église se faisait par une porte spécifique, un bénitier leur était réservé et parfois même l’emplacement qui leur était cédé était séparé du reste des fidèles par des grilles; les enterrements se déroulaient dans des cimetières spéciaux.
Bien des métiers leur étaient interdits (notamment les métiers de bouche).
Souvent ils étaient journaliers maçons (G. Febus fit construire le château de Montaner par des cagots de la région d’Oloron).
Ils furent parfois même pourchassés comme des bêtes, accusés qu’ils étaient de tous les maux.

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Le Cloître du Monastère des Carmes

En 1569 au mois d’août, Montgommery, capitaine « huguenot » passant dans la contrée, dévasta tout sur son passage: églises, maisons presbytérales, … La ville de Trie ne fut pas prise. Les troupes n’avaient ni le temps ni le loisir d’assiéger la ville; par contre le monastère situé dans le faubourg et peu défendu fut brûlé et les moines jetés dans le puits du cloître. L’église, seule, échappa à la destruction complète (manuscrits d’Aignan). A la suite de la destruction du cloître par Montgommery, les carmes de Trie vendirent aux bénédictins de Saint-Sever une partie de leurs colonnes et de leurs chapiteaux. L’ancien cloître comptait plus de 80 chapiteaux. Saint-Sever en acquit 48 (ils sont aujourd’hui au jardin Massey de Tarbes). Les autres furent dispersés après la démolition définitive de la fin du XVIIIème siècle, pour être à nouveau réunis d’une façon presque complète. Après quelques pérégrinations, ils parvinrent au Metropolitan Museum, 1690, Fort-Washington-Avenue à New-York où ils sont encore à ce jour.

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Eglise Notre-Dame des Neiges

L’église Notre Dame des Neiges fut construite à partir de 1325; sa légende est des plus originales : « Les notables de la ville s’étaient réunis pour choisir l’emplacement de la chapelle. Ne réussissant pas à se mettre d’accord, ils décidèrent de se quitter. En sortant, ils se rendirent compte qu’il avait neigé. Ceci se passait au mois d’août. Seul un emplacement ayant la forme d’une croix n’était pas recouvert de neige. Les notables décidèrent d’édifier à cet endroit la chapelle de Notre Dame des Neiges aussi baptisée « Las Neus » (Les Neiges en Gascon)

La Bastide, encore à l’état embryonnaire, ne pouvait se permettre de construire une prestigieuse église d’autant plus que les habitants s’étaient déjà ruinés pour construire les fortifications. Elle était donc très modeste.

L’église paroissiale, « Las Neus » s’averant trop petite, entra en construction en 1444. Au nord de l’église, on peut voir deux portes dont une réservée aux cagots (actuellement murée) qui étaient considérés comme indésirables.

L’église est dotée d’un clocher porche carré aux lignes massives, de belles gargouilles sculptées et une tourelle d’escalier à meurtrières dans le but de défendre la ville. Cette église affiche deux styles : le gothique flamboyant de la flèche ajouté au mélange des styles roman, gothique et renaissance du reste de l’église.
Avant 1789, il existait sept cloches à Trie ( trois à l’église paroissiale, deux aux Carmes, une à Notre Dame des Neiges et une à la chapelle des pénitents blancs – qui se trouvait à l’angle de la rue des Pénitents et de la route de Tarbes – ). Toutes furent fondues après la révolution, excepté la plus grande qui se trouve à l’église paroissiale. Elle pèse plus d’une tonne et une inscription latine y est gravée dont voici la traduction: « dans un esprit de piété volontaire, en l’honneur de Dieu et pour la préservation du pays , ceci fait à Trie, l’an 1508. Grâces soient rendues au Dieu « .

L’église a aujourd’hui repris le nom de Notre-Dame des Neiges alors qu’à son origine elle était destinée à la Vierge Marie. A l’intérieur, une statue de la vierge de style roman du XVIIème, restaurée il y a peu, est nichée dans un des piliers.

Sur le côté nord-est de l’église, face à la mairie, se tient aujourd’hui une porte murée. C’est la porte des cagots.

Un cagot ? Qu’est-ce donc ?

 

 

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Le Monastère des Carmes

Un monastère se construit à Trie : le monastère des Carmes. Il est aussi intéressant que capital de se pencher sur l’origine du mot: il vient en fait du Mont Carmel (Syrie), mont sur lequel s’étaient retirés des ermites pour constituer l’ordre des Carmes. Ce dernier prescrivait l’abstinence perpétuelle, le jeûne, la pratique du silence et la pauvreté. Au XVème siècle, il devait être habité par 25 personnes : religieux, prêtres, autres frères et capitulaires. Le monastère contribua par son importance à augmenter la grandeur et la richesse de la ville. L’église des Carmes, le début de la construction reste un point d’interrogation (les documents 18563 et 18565, archives du séminaire d’Auch, déclarent « On ne connaît pas la date de la fondation de la maison… »). Fut-il fondé entre 1357 et 1365 comme d’aucuns le prétendent ? La date inconnue de la fondation, n’empêche nullement « la maison » d’avoir une certaine splendeur : « Le couvent de Trie fut au XVème siècle assez considérable tant par le chiffre de ceux qui l’habitaient au nombre de 25… » Quant à l’architecture elle-même, elle est relativement dépouillée : pas de bas-côtés, ni de transept, un chevet à pans coupés. La voûte a cinq travées. Le portail d’entrée est face au choeur. Le clocher, aujourd’hui disparu, était sur le côté gauche au milieu de l’édifice. (Edifice long de 34,40m, large de 10,20 m, haut de 12 m). On compte 3 baies dans le chevet. Les arêtes s’arrêtent sur des modillons au lieu de descendre jusqu’au sol. Sur ces modilllons sculptés : anges, boeufs, aigles, lion à peine visibles à l’heure actuelle. On dénombre 6 chapelles à niche : 3 à droite, 3 à gauche : – la 1ère à gauche (Ste Aime) : lieu de sépulture de la famillle Bonnassies de Trie – la 2ème à gauche (Notre Dame du Mt Carmel) – la 3ème (St Joseph) Tombeau de la famille des Sariac. De chaque côté du Choeur se trouvent deux grandes niches : les « enfeux » destinés à la sépulture des prieurs. A la voûte : 6 écus avec des traces méconnaissables sont visibles à la croisée des ogives. Dans le choeur : on observe les armes mêlées du roi de France et du seigneur de la bastide (3 lys, couronnes royales avec pointes tournées vers le choeur). Y-a-t-il eu une ou deux églises, une première chapelle vers 1360 et une deuxième (l’actuelle) commencée vers 1435 ? En 1791 l’église fut vendue comme bien national ; les chapelles devinrent des granges, des échoppes… 1850 : Alcide Curie-Seimbres en devient propriétaire 1895 : On y établit un chai, une auberge, des écuries. 1940 : Elle servit de grange à une société d’autobus. Le cloître 

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De la Révolution à la guerre

Lors de la Révolution tout se passa dans le calme à Trie. En 1793, Trie eut son club de Jacobins appelé « La Société Montagnarde et Républicaine de Trie ». En 1814, les alliés de l’invasion, Anglais, Espagnols, Portugais suivirent les troupes françaises qui se retiraient sur Toulouse. Trie fut alors envahie et le souvenir de ce passage resta fort vivace pendant longtemps. Les Français étaient plus maraudeurs et indisciplinés que les Anglais qui payaient tout.  En 1832, l’insurrection des paysans, qui ne voulaient pas payer de taxe et être plus libres, provoqua une émeute qui fit plusieurs blessés et occasionna de nombreuses dégradations. Le mouvement, qui n’était pas une sédition, prit une ampleur énorme : 6000 personnes, disait-on, y participèrent, si bien que la ville dut retirer les taxes sur le champ. Mais c’est la prospérité de Trie qui en pâtît longtemps. Lors des élections de 1848, le canton de Trie suivit le mouvement général et vota à une majorité écrasante : Louis Napoléon Bonaparte. Mais avant 1848, le cens de 200 francs ne permettait qu’à 26 électeurs sur les 9817 habitants du canton de Trie de voter.    Ce que nous pouvons dire sur la guerre de 14/18 c’est qu’elle ne souleva pas l’enthousiasme de la population triaise. Durant cette période, le docteur Nogaro administra à Trie un hôpital pour soigner les blessés de guerre.

Les Monuments: Le Monastère des Carmes

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Des fléaux à répétitions

Dans la seconde moitié du XVIème siècle, Trie fut touchée par les guerres de religion comme le reste de la région. Ces guerres de religion qui opposaient les protestants aux catholiques, marquèrent fortement l’histoire de Trie. Au mois d’août 1569, une troupe de Montgonmery (capitaine réformé), passa à Trie pour se rendre à Navarrenx alors qu’une autre passait par Lannemezan. La ville était certainement sur ses gardes et put fermer ses portes à l’approche du capitaine Huguenot. Par contre, le monastère situé à l’extérieur de la bastide, mal protégé, subît impuissant les assauts furieux des troupes protestantes. Le couvent fut brûlé et détruit de fond en combles. L’église échappa à la destruction même si Montgonmery essaya de la brûler. Les habitants du monastère (entre 20 et 25 personnes) furent tués, mutilés puis jetés dans le puits du cloître. Seul le prieur ne subit pas ce traitement. L’histoire raconte qu’il était parent avec un des chefs des Huguenots. A ce titre, il réclama une faveur. Le chef lui répondit: « Aussi n’ai-je garde de vous traiter comme eux; ainsi vous rendrez les honneurs dus à votre naissance et dignité, et serez pendu au-dessus de la porte principale du couvent ». C’est ainsi qu’il obtint sa faveur. De plus, les intempéries détruisaient les récoltes et plongeaient les habitants dans une famine des plus graves. Plusieurs personnes succombèrent en 1592. Au préalable, Trie avait été frappée durant trois mois par la peste (1589-1590). Au XVIIème siècle, Trie était régulièrement traversée par des troupes de soldats et devait donc payer des sols (anciens sous) à ces derniers. Ainsi Trie, qui était célèbre pour le grand nombre de passages qu’elle subissait, a vu s’épuiser ses deniers publics et privés. En 1654, la peste ravageait une nouvelle fois le pays. Et cette misère fut accrue par d’autres évènements dramatiques. En 1660, Audijos, un Béarnais qui était à la tête d’une troupe de pillards de trois mille personnes, arriva à Trie. Les portes lui étant fermées, il brûla la banlieue. La grêle détruisit aussi la totalité des récoltes en 1693. Le XVIIIème siècle fut pratiquement la copie conforme du XVIIème. En effet, la peste sévit de nouveau en 1721 alors que la grêle mît à sac les récoltes en 1762.

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L’âge d’or de la ville

Le XVème siècle s’impose comme l’âge d’or de la ville. Les bourgeois se sont bien enrichis, on ne sait trop comment d’ailleurs; la ville a annexé Lalanne et Sestias. Le monastère des Carmes participe largement à la prospérité de la ville. De plus, la ville s’est étoffée: les fortifications sont devenues opérationnelles avec l’existence d’une double enceinte. Une citadelle de douze mètres sert d’ouvrage militaire, plus efficace qu’une tour. Elle se trouve adossée aux remparts au sud-ouest de la ville et héberge les soldats stationnés à Trie. Enfin, quatre portes ouvrent la bastide au reste du monde sur les quatre points cardinaux. Sur le plan ecclésiastique, l’église paroissiale entre en construction en 1444. De plus, deux hôpitaux s’établissent et participent au rayonnement de Trie au XVème siècle; l’un d’eux est destiné aux pauvres. Durant tout le début du XVIe siècle, c’est l’opulence à Trie !

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Des débuts laborieux

La ville se construisit, son fonctionnement se mit en place. Et comme annoncé, les habitants de Trie durent se ruiner pour construire leur Bastide : monuments publics, églises, fortifications. Les terres, auparavant sans valeur, commençaient à être défrichées : bientôt elles pourraient être productrices. La Bastide, encore à l’état embryonnaire, se développait petit à petit dans la précarité… lorsque arrivèrent les Anglais. En 1356, le roi de France, Jean Le Bon, est battu par le Prince de Galles à Poitiers et la défaite est retentissante. Le Prince de Galles, surnommé le Prince Noir à cause de la couleur de son vêtement, entreprend une chevauchée ravageant le Limousin, l’Auvergne, le Berry. Mais il n’en est pas à son coup d’essai car en 1355 il a déjà conduit une foudroyante expédition: un aller-retour de Bordeaux jusqu’à Narbonne dont les Français du midi ont conservé des souvenirs horrifiés de pillages, de meurtres et de récoltes ruinées tandis que lui-même en retirait un immense butin et un prestige considérable. Cette triste période devait se terminer par le désastreux traité de Brétigny de 1360 par lequel la Bigorre et vraisemblablement les enclaves passaient aux mains des Anglais. Mais dans les années qui ont précédé cette bataille de Poitiers, des bandes anglaises ont atteint Trie après avoir envahi la Gascogne et pillé les villes d’Aignan et de Plaisance. Notons au passage que le château et l’église de Lubret sont brûlés, la Bastide de Saint-Luc est détruite, elle ne se relèvera pas. Malgré des fortifications encore très modestes (quelques tours avancées, un grand fossé et une palissade), Trie arrête le Prince Noir quelques jours et se défend. Une armée d’Armagnac de 300 hommes accourt, mais il est trop tard. Trie est prise : pillages, saccages et incendies se succèdent. C’est alors qu’un personnage va lâchement profiter de cette faiblesse. Jean de Nay, prieur de Momères, qui était un partisan des Anglais fit enfermer des triais à la prison de Momères. Plus tard l’aveu tombe : il reconnaît les désastres de la ville auxquels il a collaboré et même participé. Il ne mâche pas ses mots : il évoque une Bastide rendue « inhabitable » avec « beaucoup de tués » ou des habitants « entraînés par la force des armes », « chargés de liens » ou « pendus ». Le siège des Anglais n’est malheureusement pas le seul fait saillant de cette seconde moitié de XIVème siècle. Elle sera frappée par la terrible peste noire et les disettes à répétition.

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Fondation de la Bastide

D’un contrat de paréage, c’est à dire un contrat pour l’exploitation d’une terre, naît la Bastide de Trie-sur-Baïse en 1323. Trie est une de ces villes qui ont été construites à la fin du XIIIème siècle début XIVème sous le nom de Bastide : Rabastens, Miélan, Mirande, Tournay, Boulogne sur Gesse…. Ce contrat aux allures de pacte entre les futurs habitants de la Bastide, les seigneurs donateurs et le roi fut signé au Château de Duffort, aujourd’hui disparu. Il réunissait donc un représentant du roi, le seigneur de Duffort Bernard de Manas, le seigneur de Puydarrieux Géraud d’Esparros et un représentant de l’abbaye de l’Escaladieu, l’abbé Roger de Mauléon. Ce contrat a été passé sous l’égide de Jean de Trie, sénéchal de Toulouse. Ce dernier a pu laisser son nom à la ville de Trie car les sénéchaux (les baillis du Midi) étaient devenus très indépendants vis à vis du pouvoir. Jean de Trie avait des fonctions juridiques importantes. Dans ce contrat, les seigneurs cédaient des lieux malfamés et incultes pour fonder la Bastide. Perdant des terres sans valeur, ils récupéraient par la suite grâce aux droits féodaux une somme d’argent non négligeable qu’ils partageaient avec le roi. Si les avantages d’un tel projet ne font pas de doute pour eux, le plus difficile reste à faire : faire venir les habitants. Eux tiraient avantage de la  » Charte des coutumes  » qui prévoyait l’existence d’une seule classe de citoyens, tous égaux, tous libres : classe qui était de surcroît protégée par l’existence même d’une Bastide. Apparaît également dans cette Charte une certaine humanisation de la justice avec la substitution de l’amende aux châtiments corporels. Cependant les futurs habitants se voyaient imposer de construire les « monuments » publics, les fortifications et la citadelle de leurs propres deniers. A noter qu’il était aussi prévu que le jour de marché serait le mardi. A Trie, cette habitude subsiste toujours 8 siècles plus tard. Enfin, la chapelle Notre Dame des Neiges qu’on appelait aussi « las Nèus » (les Neiges) fut commencée en 1325. Sa légende est fort originale : nous la découvrirons dans un prochain chapitre. Ainsi commença l’histoire de notre bastide …

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